Matteo Renzi : pourquoi tant de honte ?

L’Italie accueille un chef d’état. Jusque là tout va bien.

L’Italie est un hôte de prestige avec sa culture de plus de deux millénaires, de la Rome Antique à aujourd’hui. Jusque là tout va bien.

Le chef d’état en question est Hassan Rouhani… Comme disent les Anglais : The plot thickens…

C’est un chiite. Les nus l’offensent. Le vin lui donne envie de vomir. Et l’on vous parle pas de la musique.

Les Chiites sont des épines au cul de l’Islam. Ce n’est pas moi le dit, ce sont les Sunnites.

Qu’importe ! On fait ce qu’il dit et tout va bien aller. En France, Hollande lui a dit « pas de vin, pas de dîner protocolaire ». Rouhani s’est contenté d’un petit-déjeuner. Le vin, c’est l’âme de l’art culinaire français. Un repas sans vin est tout simplement inacceptable.

Qu’a fait Matteo Renzi, lui ? Il a couvert sa culture et son patrimoine. Monsieur Rouhani n’aime pas les nus ? On va les masquer avec de grandes boîtes ! Et hop ! Le musée du Capitole à Rome a « caché » une partie de la culture italienne pour ne pas offenser le chiite.

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Quant au vin, il ne sera pas servi lors du dîner offert par le gouvernement italien… C’est qu’en Italie aussi, le vin est l’âme de son art culinaire. Qu’importe ! Le vin offense Allah alors qu’a fait Renzi ? Pas de vin !

Pourtant Allah et Dieu, c’est la même chose ! C’est 2 + 2 = 4 ! Il ne faut surtout pas le dire au chiite parce qu’il risque de se choquer. Il pourrait créer de l’emploi en Italie depuis qu’Obama a jugé que le danger nucléaire n’existait plus en Iran…

Alors juste pour énerver les intégristes, on se paie une visite au Musei Capitolini, gracieuseté de la RAI. On se paie aussi un peu de musique en compagnie de Uto Ughi. Et merde aux intégristes ! Et honte à Matteo Renzi !

 

Histoires d’un would-be italien : Le soccer d’Italie

Avant la panoplie de choix de chaînes télé italiennes, espagnoles, grecques, arabes, indiennes, pakistanaises, alouette que l’on nous propose désormais sur Videotron ou Bell Fibe, il y avait le « canal » 24 : la chaîne ethnique au Québec sur Cablevision.

La programmation du canal 24 était un condensé de ce qui se faisait de mieux à la télévision à travers le monde, de la RAI à TVE en passant par Ellinikí Radiophonia Tileórassi et ZDF.

Il y avait aussi les productions locales dont la réalisation laissait souvent à désirer avec des effets visuels qui feraient la joie de tous les amateurs d’ambiance kitsch. Mais bon, c’était ça ou rien.

Chaque samedi, TVEQ diffusait une émission qui s’intitulait Le Soccer d’Italie. Tous les passionnés de calcio, que ce soit dans les cafés de la Petite Italie ou dans leur résidence à Saint-Léonard ou Vimont (Laval) ont pu ainsi suivre leurs joueurs et équipes préférés grâce à la magie du câble !

Pour ma part, Le Soccer d’Italie aura été une porte d’entrée idéale pour découvrir l’Italie… et la Juventus !

Au début des années 80, l’équipe à regarder était bien sûr la Juve. Avec Platini, Rossi, Tardelli, Briaschi et l’entraîneur Trapattoni, les «zèbres» dominaient tout le monde.

Et comme leur uniforme ressemblait étrangement au mien, moi le petit défenseur des Éperviers dans la ligue de soccer Duvernay Saint-Vincent, je me suis immédiatement identifié à eux !

Mais il y avait plus… Cette culture, cette manière de parler, cette foule qui fait un boucan d’enfer, qui chante à tue-tête constamment… Nous sommes loin du hockey et de ces amateurs assis qui regardent la partie en silence au forum de Montréal.

Ce qui intéressait surtout mon père, c’était la langue. Bien sûr, il ne comprenait rien ! Mais d’entendre les commentateurs décrire le match était pour lui un fantastique voyage.

Je le vois encore s’extasier devant la beauté de la langue italienne. Il trouvait que ça apportait quelque chose de magnifique à un sport qu’il trouvait bien ordinaire. En fait, je le soupçonne d’avoir voulu que des types comme Carlo Nesti fassent la description de matchs du Canadien !

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Livres : Don Luigi Ciotti – Un prêtre contre la mafia

À la manière de l’Abbé Pierre, de Don Andrea Gallo (fondateur de la communauté San Benedetto Al Porto) ou Saint Charles de Foucaud, Don Luigi Ciotti, prêtre italien de Torino (Turin) s’est engagé auprès du Christ. D’abord pour soutenir les laissés pour compte et les prostituées, ensuite pour combattre en faveur des victimes de la drogue et du SIDA. En cours de route, il a rencontré un ennemi de taille : la mafia. Voilà pourquoi en 1995, il fonda Libera pour venir en aide aux victimes de ces… de ces… êtres sans vertu qui tentent de faire croire qu’ils en ont. Je suis poli. Pour une rare fois, Don Ciotti s’explique à des journalistes. Ce long entretien accordé à Nello Scavo et Daniele Zappalà, deux journalistes du quotidien catholique Avvenire, est publié en version française aux éditions Bayard.

Un prêtre contre la mafia me fait un peu penser à un synopsis de documentaire. C’est très bien ficelé, avec une Liberastructure chronologique classique, mais on moins on ratisse tout. Ça commence avec l’enfance et l’adolescence de Don Luigi Ciotti. On survole son sacerdoce, l’influence des Salésiens sur sa façon de prêcher et de servir Jésus, la fondation du groupe Abel jusqu’à la création de Libera. On termine avec ses pensées sur la mafia et comment le prêtre entrevoit l’avenir.

Ouf !

Heureusement que Don Ciotti n’a pas une personnalité terne ! Il a trop de vécu pour l’être ! Bien que l’entretien contienne quelques longueurs, c’est certainement essentiel de prendre le temps de bien expliquer. D’approfondir. De démontrer l’emprise malsaine des mafias sur l’Italie. Du danger qu’elles représentent désormais pour l’Europe. Leur prolifération dans le domaine agroalimentaire… Et ceux et celles qui ont lu Gomorra de Roberto Saviano savant fort bien que c’est loin d’être une bonne nouvelle !

Mais Don Ciotti, c’est d’abord « l’autre ». Un fils d’ouvrier de la région de Vénétie venu chercher du travail à Turin. Il en a trouvé sur le chantier de l’École Polytechnique, mais doit vivre quelque temps dans une mansarde avec sa famille, prêtée par son employeur. « L’autre » doit subir les railleries de ses camarades de classe. Heureusement, la vie sur le chantier est plus chaleureuse. Ce contexte influencera sa manière d’approcher les gens, de prêcher, de réclamer plus de justice. D’abord avec le groupe Abel (comme dans Caïn et Abel) ensuite avec Libera.

En 1995, Don Ciotti créé le réseau associatif Libera. Trois ans plus tôt, l’Italie vit dans la crainte à la suite de l’assassinat des procureurs Falcone et Borsalino. À force de courage, il réussit à faire passer en 1996 la Loi sur les biens confisqués à la mafia et leur utilisation sociale. Depuis, un leader de Cosa Nostra, Toto Riina, a mis sa tête à prix… Qu’à cela ne tienne, le prêtre continue son combat parce que la mafia, non seulement menace l’économie italienne (peut-être est-il trop tard à ce niveau), mais en plus pourrait gangréner toute l’Europe. Cet avertissement n’a rien de réjouissant… mais on se crache dans les mains et on se retrousse les manches. Ciotti conseille même le Mexique aux prises avec cette folie furieuse des cartels de drogues qui ont commis l’inexcusable avec l’enlèvement et l’assassinat d’étudiants.

Un livre pour comprendre. Un livre aussi qui donne de l’espoir et qui ne juge pas celui qui se retrouve dans les cercles mafieux. Une société qui ne croit pas que les personnes puissent changer, c’est une société qui ne croit plus à son propre changement, une société qui a perdu l’espérance. Merci Don Ciotti !

Nello Scavo et Daniele Zappalà : Don Luigi Ciotti – un prêtre contre la mafia
Éditions Bayard, 165 pages
33.50 $

Texte à paraître dans la prochaine édition du Prince Arthur Herald

Rimes : Parce que Dante n’est pas un one hit wonder…

Tout récemment, j’ai retrouvé une image de Dante Alighieri que l’on m’avait remise à l’École Michelet pour récompenser mes travaux scolaires. On y mentionne qu’il est un illustre poète italien, auteur de La Divine comédie et de nombreux autres ouvrages poétique, politiques et philosophiques. C’est vrai, Dante est un badass de la littérature en Italie. Dans cette botte de roc et de terre taillée par les siècles, on dit même « la langue de Dante » pour faire référence à l’italien. Quel honneur ! Cela dit, Dante Alighieri passe tout de même dans l’Histoire comme un « one hit wonder » de la poésie, ce qui me semble très injuste. Heureusement, un ouvrage paru aux éditions Flammarion tente de rendre justice, si j’ose dire, au fameux Dante, en faisant ressurgir ses Rimes.

Rimes : jadis éparses, maintenant réunies

Est-ce que Dante serait d’accord que ses Rimes ressurgissent de l’oubli ? Sans doute aurait-il voulu avoir son mot à Dante dire sur cette réédition. « Ce n’est que de l’expérimentation poétique » aurait-il lâché pour ensuite retourner prestement au paradis rejoindre Virgile…

Des expériences, des poèmes variés, des « trucs » qui ne possèdent aucune valeur aux yeux du grand poète précurseur de la Renaissance… Ils ont même été exclus par Dante du recueil Vita Nuova, premier véritable ouvrage du poète italien qui consiste en un prosimètre puisqu’il contient des textes en prose et en vers. Aucune valeur ? Ça semble dur d’être Dante, vous ne trouvez pas ? Avec Boccace et Pétrarque, il ne forme qu’une « punch line » poétique qui a imposé le toscan comme langue littéraire… Quelle modestie !

Rimes : les débuts d’un nouveau style littéraire

Nous sommes témoins de la naissance d’un style littéraire nouveau, soit le Dolce Stil Nuovo, qui pige dans la tradition poétique sicilienne puis toscane. Il s’inspire aussi du chant des troubadours, des poètes provençaux et de la civilisation courtoise. Il est vrai que Dante a voulu se rapprocher considérablement d’un langage plus familier afin d’être compris par un plus vaste éventail de personnes.

Sur la composition des poèmes, nous ne possédons que peu d’information. On sait qu’ils ont été écrits sur une longue période, soit de 1283 à 1306-1308). Le premier a été pondu à l’adolescence, alors que le dernier a pris forme sur papier avant la préparation de la Divine comédie. Le recueil propose diverses techniques, diverses musicalités, me faisant penser aux Études de Frédéric Chopin bien avant la lettre. Ou la note. Ou… peu importe.

Ici, Rimes est employé au sens de poèmes. Au Moyen-Âge, c’est le mot que l’on employait pour désigner la poésie. Ces œuvres ont été écrites pour savourer la rime, un procédé qui, implanté après la disparition de la poésie antique, est devenu la « lingua poetica » à suivre et à vénérer dès le XIIIe siècle.

Et puisque l’édition est bilingue, on peut aussi se délecter de toute la musicalité de la langue italienne. En ce sens, l’auteure Jacqueline Risset a fait un travail colossal. Il faut dire qu’elle connaît bien Dante puisqu’elle a produit une traduction de référence de la Divine Comédie.

Dante Alighieri : Rimes
Traduit de l’italien par Jacqueline Risset
Flammarion, 400 pages
46,95 $

Chanson italienne de la semaine : Aida de Rino Gaetano

Titre : Aida

La chanson italienne de la semaine

Artiste : Rino Gaetano
Album : Aida
Année : 1977

Voulez-vous un condensé de l’Histoire de l’Italie ? Je vous en propose un en chanson : Aida de Rino Gaetano, l’une des grandes figures de la musique engagée italienne.

Aida est l’Italie qui a souffert des affres de l’Histoire, du fascisme à la Grande guerre, de l’avènement deAïda Rino Gaetano la République aux problèmes économiques, de la corruption à la Mafia. Gaetano la voulait à la fois difficile, grinçante, forte et splendide, question de faire réfléchir. Pari réussi !

Pour ce faire, il donne la parole à une femme : Aida.

Aida, c’est le nom d’un célèbre opéra composé par ce grand italien qui a utilisé la musique pour faire passer des messages nationalistes contre l’Autriche-Hongrie, soit le grand Verdi. Aida a été composé pour souligner le génie italien qui a contribué à la construction du canal de Suez.

Aida devient la porte-parole par excellence de Gaetano pour lui permettre de dénoncer certaines choses qui clochent en Italie… Du fascisme au scandale Lockheed, un grave cas de corruption mis au jour en 1976 et qui éclabousse le gouvernement de Giovanni Leone, Rino Gaetano parle de souffrance, celle qui transperce les entrailles de sa Aida, femme blessée dans ses traditions catholiques et ses coutumes et, par le fait même, celle que vit l’Italie depuis Mussolini jusqu’à la moitié des années 70.

Le contexte :

Il faut dire que 1977 est une année difficile en Italie : manifestations, occupations d’universités, émeutes étudiantes, terrorisme. Oui, du terrorisme. En tout, l’Italie a connu plus de 1600 attentats qui ont fait 31 morts. L’économie va mal, donc l’extrémisme en profite… Rino Gaetano, un chanteur engagé qui s’est fait remarquer au festival de Sanremo autant par ses chansons que par son accoutrement sur scène, trouve preneur parmi une population qui en a réellement marre. En 1977, plus de 7% de la population active italienne est au chômage, alors qu’en 1970, ce taux s’élevait à seulement 3,2%. La Juventus a beau avoir gagné son 17e Scudetto devant le Torino FC, cela ne calme en rien le ras-le-bol des Italiens, surtout si l’on déteste royalement la Juve !

Aida : une protest song lente et mélancolique, qui trouve son influence dans les rythmes de No Woman No Cry de Bob Marley. Que pense Rino Gaetano de l’Italie d’aujourd’hui ? De Matteo Renzi, de Beppe Grillo politicien, de l’économie ? On ne le saura jamais puisque Gaetano est mort dans un accident de voiture en 1980. Il n’avait que 30 ans…

Canzone della semana : Toi l’ami (Te, amico) per Sylvain Lelièvre

Canzone della semana
Titolo : Toi l’ami (Te, amico)
Artista : Sylvain Lelièvre
Disco : Sylvain Lelièvre (1973)

Come descrivere Sylvain Lelièvre (1943 – 2002) ? Influenzato per il jazz, il blues e la sua città de Cantore CanadenseLimoilou, una città popolare, operaia. Anche influenzato per la lingua francese, per sua ricchezza.

Toi l’ami (Te, amico) è una canzone composto per il suo pubblico. Un omaggio, una vera dichiarazione di amore per lui. Tutto in poesia !

Toi l’ami dont jamais je ne connaîtrai le nom
Te, l’amico che mai conoscerò il nomme

La vocce de Lelièvre può fare pensare a quella di Fabrizio Di Andre mai con più de forza. Melodiosa come quella di Renato Zero e Antonello Venditti. Lelièvre canta la vida quotidiana del popolo, un po come le fa un Francesco Guccini o un Rino Gaetano.

A te, signore Lelièvre ! Click sulla primera canzone.

http://www.sylvainlelievre.com/component/muscol/S/1-sylvain-lelievre/4-sylvain-lelievre.html

Musique classique italienne : le charme perdu de Luigi Mancinelli

Luigi Mancinelli… Cela vous dit quelque chose ? Chef d’orchestre admiré par Wagner et Verdi ? Instigateur de la renaissance de la musique instrumentale italienne ? Précurseur de Martucci et Respighi ?

Luigi Mancinelli

Non ? Je ne vous blâme pas. Un autre artiste de très grand talent qui a malheureusement sombré dans l’oubli. Dommage… Suffit d’entendre les Scene Veneziane (Scènes vénitiennes) pour aussitôt partir en gondole, bien que la Fuga degli amanti tirée de ses magnifiques Scene me fait penser davantage à une musique d’accompagnement de dessin animé de Looney Tunes…

Né à Orvieto en 1848, alors dans les États Pontificaux, Mancinelli étudie l’orgue et le violoncelle en compagnie de son frère Marino. Plus tard, on le retrouve au sein de l’orchestre du Teatro Della Pergola de Firenze (Florence). Dans cette magnifique ville de Toscane, le jeune homme étudie le violoncelle et la composition.

Ses débuts à la tête d’un orchestre ont sûrement été tout un événement ! En effet, être appelé à diriger Aïda du grand Verdi… Imaginez ! Nous sommes en 1874. Mancinelli a 28 ans et doit remplacer le chef titulaire, alors pris d’ébriété. Autrement dit, trop ivre pour être au pupitre… Ce sera pour lui le début d’une grande carrière. De Rome, au Teatro Apollo, il ira ensuite au conservatoire de Bologna (Bologne) puis le monde : Madrid, Londres, Lisbonne, Buenos Aires, New York. Son nom sera associé aux opéras de Verdi et de Puccini.

Mais il ne faut pas oublier que Mancinelli est aussi un compositeur. De la musique sacrée (non liturgique) aux compositions symphoniques, en passant par des opéras lyriques, son oeuvre est magnifique et mérite qu’on s’y attarde… à moins bien sûr de trouver des enregistrements ! Je suis tombé par hasard sur les Scene Veneziane alors que je cherchais une symphonie de Léopold Mozart… Le hasard fait donc bien les choses !

Et ce qu’il compose n’a rien à voir avec un quelconque complexe du « chef d’orchestre voulant être reconnu pour autre chose que la direction d’orchestre ». Ses compositions sont sophistiquées pour l’époque (fin XIXe siècle), démontre qu’il est bien au fait des dernières tendances. On le ressent dans ses oeuvres aux accents plus atmosphériques comme ses Intermezzi ou ses musiques pour le théâtre.

Luigi Mancinelli est mort à Rome, le 2 février 1921. Dans sa ville natale d’Orvieto, le théâtre principal porte son nom. Même à Rome, il existe une rue Mancinelli.

Victor-Emmanuel III – un roi face à Mussolini par Frédéric Le Moal

Victor-Emmanuel III – un roi face à Mussolini par Frédéric Le Moal

Vie d’un renégat incompris de la monarchie italienne…

Le 8 juin 1861, trois grandes figures sont appelées à poser les premières fondations de l’Italie moderne et réunifiée : le flamboyant Garibaldi représente la ferveur républicaine et populaire, le comte de Cavour est le chantre de la grandeur de la noblesse. Victor-Emmanuel II de la maison de Savoie est appelé à régner sur le royaume d’Italie. Bien entendu, il devient le chantre de la monarchie. Son petit-fils Victor-Emmanuel III contribuera à démolir cet équilibre. Pourquoi ? Mussolini, bien entendu. Mais il y a bien sûr autre chose. L’historien Frédéric Le Moal s’est donné corps et âme à le trouver à travers cette fascinante biographie intitulée Victor-Emmanuel III – un roi face à Mussolini.

Préparer un ouvrage sur ce monarque déchu est une lourde tâche. D’abord parce que bon Frédéric Le Moal nombre de documents précieux sur sa vie sont disparus à jamais, à commencer son journal intime dans lequel il notait scrupuleusement tout et qui a été détruit par un membre de la famille royale italienne. D’autres documents manquent à l’appel, notamment des lettres et autres précieuses correspondances qui se sont avérées trop fragiles face aux bombes de la Deuxième Guerre mondiale…

Heureusement, plusieurs autres sources ont subsisté. Assez du moins pour dresser un portrait bien précis du personnage, que je considère un renégat incompris de la monarchie italienne. Frédéric Le Moal, en bon biographe, ne prend pas vraiment position et demeure objectif, ne négligeant aucun aspect, qu’ils soient négatifs ou positifs.

Victor-Emmanuel III est fils et petit-fils de consanguins. Victor-Emmanuel II a en effet épousé une cousine germaine. Son fils Humbert 1er a convolé en justes noces avec une cousine germaine. Le fruit de cette union est un garçon qui vit les conséquences de la consanguinité au chapitre de la génétique : un visage enlaidi par un menton proéminent, cadeau de la branche des Habsbourg, mais surtout des jambes rachitiques, mal développées, qui le feront passer pour un nain avec ses 1 m 50… Néanmoins, cet homme était doté d’une intelligence redoutable et vivifiante.

Malgré cette intelligence, pourquoi avoir tout donné à Benito Mussolini ? Pourquoi avoir baissé les bras face au fascisme qui ont plongé l’Italie dans une grande noirceur idéologique ? Quand on pense par exemple que les accords de Latran, signés par Mussolini, ont donné une souveraineté au Vatican, alors que le Risorgimento a abattu les frontières de Saint Empire Romain et transformé ce Vatican en un simple centre de la foi catholique… Quelle gifle au visage de son grand-père Victor-Emmanuel II et de son père Humbert 1er, signataire du Triplice, c’est-à-dire une triple alliance entre l’Autriche, l’Allemagne et le jeune état italien ! Déjà, Victor-Emmanuel III affiche une certaine xénophobie, alimenté par le mépris qu’ont les autres européens envers l’Italie. Xénophobie qui s’est altéré avec le temps. L’ouverture avec la France en est un exemple. Il cherche aussi à réunir tous les Italiens sous une même bannière. Pour cette raison, on l’a cru « roi socialiste ». Finalement, il a ouvert toutes grandes les portes du fascisme.

Cependant, il y a une injustice : pourquoi la famille de Mussolini peut encore vivre en Italie alors que la maison de Savoie a été bannie de « la botte » jusqu’en 2012 ? Allesandra Mussolini, fille du troisième fils du Duce, fait de la politique au sein de Forza Italia. Auparavant, elle s’affichait avec le MSI, un parti d’extrême droite…

Une biographie à découvrir sur un être intriguant, qui a aimé l’Italie à sa manière, qui l’a gouverné d’abord sans trop le vouloir.

Frédéric Le Moal
Victor-Emmanuel III – Un roi face à Mussolini
Éditions Perrin, 556 pages
49.95 $

François Cheng et sa vision d’Assise (Assisi)

L’Italie a donné au monde catholique l’un de ses saints les plus influents et les plus aimés : François d’Assise. François Cheng, un membre de l’Académie française, en a fait le sujet de son dernier livre. Voici l’article que j’ai consacré à cet ouvrage pour le compte du Prince Arthur Herald.

François Cheng : voir Assise et revivre

François d'AssiseDans le Québec d’aujourd’hui, le Québec que nous connaissons et que nous voyons évoluer vers une tangente où la religion est peu considérée (au point de transformer des églises en condos ? Hélas, oui), un critique littéraire prend un certain risque à faire la critique d’un livre inspiré par un sujet chrétien. Même si cet ouvrage a été écrit par un membre de l’Académie française ? On dirait, oui. Même si l’ouvrage a reçu la marque « coup de cœur » de Renaud-Bray ? Assurément, oui. Donc, vivons dangereusement : Assise – Une rencontre inattendue de l’auteur français François Cheng, de quoi il en retourne ? D’un guide de voyage bien particulier, d’un récit de vie inspirant et de réflexions sensées sur l’humanité oubliée de François d’Assise, probablement l’un des saints les plus fascinants du monde occidental. Bref, une lecture fascinante.

Quand François rencontre François

Cette histoire a d’abord été publiée dans la revue Études Franciscaine en 2012 puis offert en édition brochée par la maison Albin Michel. François Cheng se penche sur sa jeunesse d’exilé. Nous sommes en 1961. Cheng est loin de sa Chine natale. En effet, nous le retrouvons en exil à Paris. Il y vit depuis le tout début des années 50. Il a quitté son Empire du Milieu avec ses parents en proie à la guerre civile.

D’abord installé aux États-Unis, il décide de s’envoler vers la France. Malheureux, désoeuvré, il accepte un jour de suivre ses amis vers Assise, destination-clé du tourisme religieux. Il fait ce voyage un peu à contre coeur. Or, dans ce lieu, il est frappé par une révélation. Non pas comme celle qui frappa François d’Assise, dans une église Saint Damien en ruines, alors que Jésus lui demanda humblement de relever l’église et de le faire humblement. Pour François Cheng, Assise, avec sa constitue la fin de son exil et le début officiel de sa vie d’occidental. « Ah ! C’est là le lieu, mon lieu ! » Le tout sous l’égide du saint le plus représentatif de l’idéal chrétien en termes de charité, de dévouement, d’abnégation et de don de soi. En 1971, Cheng est naturalisé français. Il change son prénom pour celui de François et connaît une belle carrière dans le domaine des Lettres.

Récit sur un voyage, sur les lieux à voir, à sentir et à entendre à Assise. Récit sur ces édifices, ces pierres, cette végétation qui rappellent à l’auteur membre de l’Académie française quelques éléments de sa culture et sa spiritualité chinoises. Récit sur la quête spirituelle de François d’Assise, son dépouillement, son vœu d’aider les pauvres et les désoeuvrés, les malades et les laissés pour compte, tout en combattant ses propres démons qui sont demeurés vivifiants au sein de son renom, de sa famille, de sa noblesse. Bref, récit lumineux empreint de sagesse et qui donne envie de l’Italie, envie d’une rencontre avec le saint de tous et de toutes.

Lu dans la quiétude de l’église Saint Ambroise, à deux pas de la Petite Italie, et devant un espresso doppio dans un caffè San Simeon étrangement calme pour un lundi matin.

François Cheng : Assise – une rencontre inattendue
Éditions Albin Michel, 51 pages
15,95 $

Histoires d’un would-be italien : Premier contact avec une Bella d’Italia !

Cette semaine : mon premier contact avec une « bella d’Italia »

La scène se déroule dans le quartier Val-des-Arbres à Duvernay, Laval. Un quartier où quelques Italiens cohabitent paisiblement avec beaucoup de Franco-québécois. Ces derniers sont fiers de leur dire qu’ils mangent leur « spaghatte » avec de la sauce à la viande (bolognese). Les quelques Italiens approuvent tout en réprouvant intérieurement ce « crime » culinaire. C’est qu’on utilise la sauce bolognese dans la lasagne… Mais bon, ils sont tellement gentils, les Pepsis, hein ?

-Heille ! Regarde la fille qui passe ! C’est une Italienne ! Ha ! Ha ! Italienne ! Italienne !

J’avais sept ans à l’époque. Je savais ce qu’était l’Italie, je connaissais aussi les couleurs qui composaient le drapeau italien -vert, blanc, rouge- et que les spaghettis faisaient partie de leur alimentation. Mon ami, lui, savait reconnaître les Italiennes. Visiblement, il ne semblait pas les apprécier.

-Italienne ! Italienne ! Hurlait-il à l’adolescente, tout en la pointant du doigt.

Tout ce que je trouvai à faire fut de rigoler et de l’imiter, sans doute pour ne pas décevoir mon ami qui, visiblement, m’influençait beaucoup. Jamais les Italiens ne m’ont dérangés. Sauf cette journée-là.

La jeune fille poursuivit sa route en nous ignorant. Je sus toutefois bien assez vite que nos paroles l’ont dérangées puisque vers la fin de l’après-midi, elle vint voir ma mère pour lui parler…

Le savon qu’elle me passa après ! Ma mère avait tellement honte de savoir que je m’étais comporté de la sorte ! Et moi aussi, au plus profond de moi ! Mais pourquoi ? Quelle mouche m’avait donc piqué ce jour-là ? Je n’ai jamais rien eu contre les Italiens. Bien sûr, avec des amis, nous poussions quelques blagues qui, aujourd’hui, m’apparaissent tout à fait idiotes. Des blagues de « WOPS », sur leur supposé « peur » du savon, par exemple. Comment peuvent-ils détester la propreté puisqu’ils sont des maîtres dans l’art de la séduction ? Et pendant la Renaissance, qui a montré aux nobles français à manger proprement ?

Ma mère avait bien raison de me sermonner de la sorte. Je n’étais pas bien méchant. Seulement influençable. De toute manière, j’ai toujours aimé les Italiens, au point d’ajouter le tricolore vert-blanc-rouge dans un dessin de mon école Michelet que j’avais exécutée lorsque j’étais en maternelle. Si seulement je pouvais le retrouver !

Je me suis officiellement excusé en me présentant chez elle, avec un bouquet de fleurs. Elle m’a souri tendrement. Je vous l’avais bien dit que je n’étais pas méchant ! Ce fut, sans le savoir, le début d’une fascination pour un pays qui incarnait la féérie à mes yeux. Une féérie surtout linguistique.

La suite plus tard !

Jeu fan Squadra Azzura

P.S. : Petite revanche sur cet « incident » : mon fils est un grand italophile