Lucio Dalla : la piccola storia dietro Piazza Grande

C’era una volta, una canzone di Lucio Dalla.

No. C’era una volta, la canzone di Lucio Dalla. Divenuta nel tempo un classico della musica italiana.

Benché Dalla ha composto parecchi canzoni famose come 4 Marzo 1943, Futura, L’Anno che verrà e certamente Caruso, quella che meglio definisce questo grande cantautore e poeta è stato Piazza Grande.

Piazza Grande è un brano composto nel 1971 da Lucio Dalla e Ron per la musica e da lucio-dalla-quello-che-comaschi-mi-ha-detto-di-lucio-dallaGianfranco Baldazzi e Sergio Bardotti per il testo.

Parliamo un po’ di Ron. Il suo vero nome è Rosalino Cellamare e fa il cantautore dal 1970. L’artista della Lombardia è diventato più famoso con il suo lavoro con Lucio Dalla.

Gianfranco Baldazzi è nativo di Bologna, come Lucio Dalla. È un grande paroliere che ha scritto per Dalla ma anche per Gianni Morandi, Fiorella Mannoia e… Ron !

Sergio Bardotti ha scritto per i più grandi come Sergio Endrigo, Chico Buarque, Antonello Venditti e molti altri.

Piazza Grande fu presentata al Festival di Sanremo presenta dal 24 al 26 febbraio 1972 e si classifica all’ottavo posto. Nicola Di Bari ha vinto con la canzone I giorni dell’arcobaleno.

1971-1972 in Italia : anni di piombo, di terrorismo politico e di canzoni
In Italia, siamo nel mezzo degli anni di piombo. Sono momenti di grandi disturbi politichi, sociali ed economici. Ci sono violenze politiche a destra come a sinistra.

Le rivolte raggiungono molte regioni, soprattutto l’Emilia Romagna. Più al Sud, il Movimento Sociale Italiano diventa il primo partito nell’opinione pubblica.

E un fenomeno che occupa molto posto nell’Europa.

Gli artisti italiani non ignorano queste situazioni. La grande maggioranza di essi sono a sinistra. È un tempo di grande produzione di canzoni sociali. Guccini (La Locomotiva, L’avvelenata, Dio è morte), Vecchioni, Claudio Lolli, De Gregori, Venditti, Gaber, etc.

Anche Lucio Dalla tratterà di temi sociali ma forse con più di poesia, d’ironia che gli altri.

Piazza Grande
Lucio Dalla trova l’ispirazione osservando un uomo alla piazza Cavour, una piccola piazza di Bologna. Dentro questo luogo, aveva visto un senzatetto o “barbone” che cerca a mangiare.

Gianni Morandi doveva cantarla. Ma Dalla non voleva rinunciare al pezzo e riesce a presentarsi al Festival, contro la volontà della sua casa discografica.

Allora, cominciamo per ascoltare la canzone e dopo, parlerò del testo. Possiamo seguire con le parole che vi ho dato.

Come ho detto davanti, Piazza Grande è dedicata a un barbone che Dalla aveva osservato nella piccola Piazza Cavour… Pensava che la canzone era una specie di omaggio al simbolo della città di Bologna, la grande Piazza Maggiore, ma no ! Dalla aveva realmente visto il suo povero senzatetto alla Piazza Cavour !

Lo sappiamo dalla bocca di Ron che ha raccontato l’aneddoto per il giornale Il Fatto Quotidiano.

Piazza Grande racconta la storia da quel signore che vive senza tetto, ha fame, ha sete, si sente solo, ma la piazza lo fa sentire come a casa. Lo fa sentire come una persona normale.

La canzone ci insegna a non giudicare la gente. È anche una specie d’Inno a una libertà senza padrone, senza obblighi. Fa pensare sulla povertà, ma con una poesia e un’ironia leggere e colorata. Non è pesante o piena di sdegno come le canzoni di Franceso Guccini.

Per Lucio Dalla, Piazza Grande è solamente una canzone !
«È solo una canzone. Io non sono di quelli che hanno bisogno di sentirsi definire poeti, le canzoni non hanno a che vedere con la poesia, hanno una loro autonomia, sono frutto di un percorso loro, di una ricerca che ha una sua dignità e un suo posto nell’immaginario collettivo, nella memoria di tutti, credo sia stato riconosciuto anche questo» – Lucio Dalla

Il brano ha dato il nome all’associazione « Amici di Piazza Grande onlus », che opera a Bologna dal 1993, con lo scopo di dare cure e assistenza alle varie persone indigenti e senza dimora.

Il s’agit ici d’un devoir pour ma classe d’italien au Centro Leonardo Da Vinci, à Saint-Léonard.

Claudio Fava et Giovanni Impastato : unissez-vous !!!!!

J’ai quelque peu sourcillé en lisant cet article dans le Fatto Quotidiano qui fait état de la « colère » de Giovanni Impastato parce que Claudio Fava emprunte le terme « Cento Passi » pour nommer sa liste électorale en vue des présidentielles de Sicile.

impastato-giovanniGiovanni Impastato est le frère de Peppino Impastato. L’histoire de ce journaliste, chroniqueur, polémiste et politicien de gauche est poignante. Il aurait pu, comme son père, faire partie de la mafia locale de la commune de Cinisi. Or, il a immédiatement renié cette bande de malfrats lorsque Gaetano Badalamenti a fait éliminer Cesare Manzela, oncle de Peppino.

Il leur a livré un combat sans merci à travers les paroles et l’humour, notamment à travers Radio Aut. Il en est malheureusement mort, assassiné par cette crapule de Gaetano Badalamenti.

téléchargementClaudio Fava est un journaliste et homme politique respecté en Italie. Son père, Giuseppe Fava, fondateur du journal I Siciliani, a été lâchement tué le 5 janvier 1984 par la mafia sicilienne, terme poli pour « les salopards de Cosa Nostra ». I Siciliani a toujours fait front contre les mafieux qui polluent et ternissent la Sicile. Pour un Giuseppe Fava, il y avait combien de journalistes achetés, corrompus ? Poser la question, c’est y répondre.

Son fils a repris le flambeau, mais l’a transporté en zone neutre, c’est-à-dire dans la salle de rédaction du fameux Corriere Della Sera. Il a écrit de nombreux livres, notamment La Mafia comanda a Catania et Sud : l’Italia dimenticata dagli Italiani.

Pendant ce temps, Giovanni Impastato a quelque peu « surfé » sur la notoriété de son frère Peppino. Il en a par contre profité pour faire de belles choses, entre autres ce livre « Oltre I Cento Passi », dont le titre est inspiré de ce monologue de Peppino qui explique à son frère que cent pas séparent leur maison de celle de Badalamenti. Il a aussi fondé la Casa Memoria Felicia e Peppino Impastato, donné des conférences, etc.

Alors pourquoi s’indigner ? Pourquoi Giovanni Impastato s’énerve comme ça ? Cette élection est importante, d’autant plus que le crime organisé continue ses frasques non seulement en Sicile mais aussi dans les Pouilles, alors qu’il faut compter sur un pouvoir politique fort pour déstabiliser une organisation qui n’en a rien à faire de l’Italie, des Italiens,

Le terme « Cento Passi » appartient à Claudio Fava qui a écrit le scénario du film I cento passi. Il a donc le droit d’en faire ce qu’il veut… tout comme Giovanni qui l’a utilisé pour le titre de son livre ! Et si ça inspire à combattre la mafia, alors pourquoi pas !

Et puis tant qu’à être chiant, aussi bien l’être jusqu’au bout. Je n’enlève rien à votre combat juste et nécessaire contre la mafia, mais si vous êtes des personnalités connues et respectées de cette lutte, c’est à cause de votre père, monsieur Fava. Et c’est à cause de votre frère, monsieur Impastato. Vous avez souffert de façon égale tous les deux, vous avez utlisé cette souffrance pour vous donnez une légitimité dans les milieux antimafia tous les deux.

Ce n’est pas un concours de celui qui pisse le plus loin. C’est une lutte politique importante, alors ENTENDEZ-VOUS ET UNISSEZ-VOUS !!!!!!

La Lingua batte dove il dente duole : quand Camilleri et de Mauro parlent de langues

Qu’arrive-t-il lorsque Andrea Camilleri et Tullio de Mauro se rencontrent ? Sans aucun doute une belle occasion de se cultiver et s’instruire ! Bien entendu, nous pouvons être certains que la conversation ne tournera pas autour des succès de la Juventus ou des déboires de Matteo Renzi à la tête du gouvernement italien. Parlons langue, parlons linguistique, parlons langue et dialectes, lingua italiano e li dialetti perché la linea è magra tra questa lingua che fu più che necessario per… Pardonnez-moi cet élan d’enthousiasme. Je disais donc que la ligne est mine entre la langue officielle et les nombreux dialectes qui font de chaque région, voire de chaque ville et village, un endroit particulier et distinct. Un peu comme au Québec avec son « français international » de Montréal et ses nombreuses « parlures » de Gatineau à Gaspé, de la Beauce au Saguenay. D’où mon intérêt pour ce livre que je n’aurais probablement jamais entendu parler si je n’avais pas appris la mort de Tullio de Mauro par hasard en consultant le site web de La Stampa de Turin.

D’entrée de jeu, Andrea Camilleri et Tullio de Mauro ne sont pas n’importe qui. Le premier DSC_1272est un homme de culture fort respecté dans son pays et ailleurs en Europe : écrivain, metteur en scène, réalisateur pour la télévision et la radio, scripteur, scénariste et professeur. On lui doit la création du commissaire Salvo Montalbano, détective sicilien et personnage fétiche de la culture littéraire italienne que l’on retrouve dans plus d’une vingtaine de romans policiers traduits dans plus de trente langues.

Le second a fait sa marque dans le domaine de la linguistique. Il a enseigné la philosophie du langage et la linguistique générale à l’université Sapienza de Rome. Il a notamment publié le Grande Dizonario dell’uso en 8 volumes et la fameuse Storia linguistica dell’Italia unita. Il a également été ministre de l’Éducation dans le gouvernement de Giulinao Amato, mais sa présence à ce poste a été brève.

La Lingua batte dove il dente duole est un proverbe italien qui veut dire à peu près ceci : la langue frappe ou s’accroche là où la dent fait mal… Un drôle de proverbe s’il en est un.

D’entrée de jeu, nos deux protagonistes n’ont aucun dédain vis-à-vis les dialectes perché « in Italia, parliamo tante lingue » ; autrement dit, en Italie, on parle tellement de langues (De Mauro, page 23). Décidément, le latin a donné naissance à tellement d’enfants et de petits-enfants linguistiques !

Si la langue italienne a été nécessaire pour unir un peuple de Torino à Palermo (et largement diffusée grâce à l’instruction obligatoire pour tous) pour qu’il parvienne à se comprendre dans un océan de langues diverses et toutes issues du latin et d’autres cultures, surtout en Sicile, le dialecte demeure la langue de l’émotion. La langue italienne, c’est la tête alors que le dialecte bat là où le cœur se trouve. Pour faire part d’une émotion ou mieux, pour émettre une opinion politique et la défendre, vaut mieux balancer du côté du dialecte. Je ne peux pas m’empêcher de penser à nos sacres qui, dans un moment de douleur, font plus de bien qu’un inoffensif « aïe ».

Camilleri et De Mauro s’émerveillent de la présence de ces langages colorés et distincts qui ont réussi à évoluer et à perdurer, malgré Mussolini qui aurait bien voulu les voir disparaître. Par exemple, ces GI américains qui ont des noms de famille italiens, qui débarquent en Sicile, là où leurs ancêtres sont nés, qui croient pouvoir se faire comprendre et qui, malheureusement pour eux, n’arrivent plus à communiquer avec leurs « cousins ». On peut dire que notre français a également subi le même sort, conservé dans une cloche en verre après la Conquête et utilisé comme unique moyen de communication pendant que dans cet Hexagone qui nous lâchement rejeté en 1763, le français a évolué et les « parlures » furent relégués dans le folklore.

Ce livre doit être traduit en français et se trouver dans toutes les librairies du Québec. En effet, les Québécois gagneraient beaucoup à parcourir ces entretiens passionnants qui redonnent ses lettres de noblesse à tous les dialectes que l’on retrouve sur le territoire italien, du parler milanais à la langue sicilienne, en passant par le napolitain, le romain et bien sûr le florentin qui a servi de base à la conception de la langue italienne après le Risorgimento, langue utilisée par le célèbre Dante Alghieri pour composer ses œuvres poétiques, d’où la raison pour laquelle on désigne l’italien « langue de Dante ». Pourquoi les Québécois aimeraient ces entretiens ? Parce que nous connaissons une relation amour-haine avec notre langue, avec le français que l’on parle et que certains trouvent « archaïque », voire même honteux.

CAMILLERI, Andrea et DE MAURO, Tullio :
La Lingua Batte Dove Il Dente Duole.
Editori Laterza, 126 pag

RIP la culture dans la Petite-Italie de Montréal

On attendait ce Théâtre de la Petite-Italie avec une certaine fébrilité. Finalement, il n’existera pas.

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Finalement, la Casa Napoli sera à la merci des développeurs immobiliers qui la transformeront en un édifice à condos.

Finalement, la Libreria Italiana est seule à tenir le fort de la culture dans la Petite-Italie, mais pour combien de temps ?

Finalement, Denis Coderre aurait bougé dans ce dossier si ça avait été un projet sportif.

Finalement, la SDC Petie-Italie voyait le projet d’un bon oeil, mais pas la communauté.

Finalement, la Petite-Italie préfère les condos. C’est le destin qui attend l’ancienne Casa Napoli à coup sûr, là où devait être construit le Théâtre de la Petite-Italie.

Pour la culture, de toute manière il y a la salle Lino et Mirella Saputo, les chansons de Roberto Medile et les festivals de la fierté italienne chaque fois que la Squadra Azzura compte un but lors d’un important tournoi.

Et que dire du contrôle intolérable de son économie par la mafia…

Ciao tutti !

Italian Montrealers oppose removing storied artist’s name from park — Montreal Gazette

By Morgan Lowrie Montreal’s mayor is again facing criticism over changing the name of a city park — this time from members of the Italian community fighting to preserve the legacy of renowned local artist. A park in the city’s Hochelaga-Maisonneuve district named after late Italian-Canadian artist Guido Nincheri is expected to be renamed after…

via Italian Montrealers oppose removing storied artist’s name from park — Montreal Gazette

Denis Coderre has no culture. This article from The Gazette shows us why…

L’Italiano-Americano Newspaper me déçoit

L’Italiano Americano Newspaper est une publication que je respecte. Lorsqu’elle vante les mérites du Pinot Grigio ou de la nouvelle vague du cinéma italien, je lis le tout avec grand intérêt. Lorsqu’elle explore l’Histoire des italo-américains ou l’Histoire du chocolat en Italie, encore là j’applaudis. Or, cette fois-ci, le journal vient de baisser gravement dans mon estime suite à ce « post » sur sa page Facebook :

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Un journal qui fait indirectement l’apologie de la mafia… Tout comme Francis Ford Coppola l’a fait avec sa trilogie Le Parrain, inspiré des romans de Mario Puzo, démontrant que les mafiosi aussi ont des « feelings », sont humains, peuvent aimer, ont des principes (manière de parler), ont de la peine, etc.

C’est tellement poignant des gens qui tuent d’autres gens pour le pouvoir…

C’est tellement touchant des gens qui s’enrichissent de manière éhontée sur le dos de personnes plus vulnérables…

C’est tellement inspirant des gens bien mis qui intoxiquent d’autres gens avec la vente illégale de drogues…

La mafia qui pourrit la vie politique et économique de l’Italie. Qui pourrit la vie des Italiens. Qui rend impossible les réformes.

Dante, Boccacio, Petrarca méritent d’être célébrés.

Michelangelo, Rafaelo, Leonardo Da Vinci, Veronese, Caravaggio, Bellini méritent d’être célébrés.

Leopardi, Pascoli, D’Annunzio, Pavese, Calvino méritent d’être célébrés.

Leoncavallo, Verdi, Puccini, Rossini, Respighi méritent d’être célébrés.

Toto, Alberto Sordi, Pasolini, Visconti, Leone, Gina Lolobrigida, Sophia Loren, Ugo Tognazzi et j’en passe tellement, méritent d’être célébrés.

DARIO FO, Roberto Benigni (même s’il mange maintenant dans la main de Renzi), Antonio Albanese, Made in Sud, Renzo Arbore, Franca Rame, méritent d’être célébrés.

Le stracchino, la pizza, les pâtes all’amatriciana, l’Averna, les gnocchi, le gelato, l’asti, méritent d’être célébrés.

Garibaldi, Cavour, Vittorio-Emanuele II, Gramsci, Berlinguer, Pertini, méritent d’être célébrés.

Avogadro, Marconi, Alberti, Volta, Giordano, Gorini, Galilei, Volterra, Fabiola Gianotti méritent d’être célébrés.

L’Italie mérite d’être célébrée. Pas la mafia.

Je préfère ceux et celles qui célèbrent la vie que ceux et celles qui vénèrent la mort.

Erri de Luca : de la visite rare en français

Ah ! Il y a un nouveau Erri de Luca ? Super ! Trouver ce livre au milieu des nouveautés proposées par la librairie Monet est un peu comme se promener distraitement sur le Golgotha et tomber par hasard sur le Saint Graal. Tout de go, j’oublie toutes les « valeurs sûres » de la rentrée littéraire, j’oublie même le dernier Tonino Benacquista et je me concentre sur Le plus et le moins (Il più e il meno) d’Erri de Luca. Case closed !

Erri de Luca ne cherche jamais à vouloir épater la galerie ou d’adopter un style d’écriture « à la mode » qui fera plaisir aux hipsters. Erri de Luca est un simple artisan du papier et de la plume. Ou du clavier et du traitement de texte. Mais d’abord et avant tout, Erri de Luca est un ouvrier. Dans l’introduction de son œuvre Non ora non cui (Pas ici, pas maintenant), il résume son travail de cette manière :

J’ai fait le plus vieux métier du monde. Pas celui de la prostituée, mais l’équivalent masculin, l’ouvrier, qui vend son corps à la force de son travail. J’ai eu des nouvelles précises et matérielles du verbe travailler. Je ne peux m’en servir pour ce que je fabrique avec l’écriture. Écrire a été et reste pour moi le contraire, un temps de fête dans une journée de corps vendu pour un salaire. Ce fut du temps sauvé.

C’est ce que je dis, un artisan. Un cisailleur d’histoires, un astiqueur de réalités. Et ce, sans être au crochet de la société, rejoignant ainsi Gianmaria Testa qui, malgré sa carrière musicale ponctuée de succès, est demeuré chef de gare à Turin jusqu’à ce que ce ne soit plus possible. Comme les beatniks aussi qui travaillaient le jour et écrivaient le soir.

Mais retournons à ce livre, à ce Le plus et le moins. Qu’est-ce qu’on y retrouve ? Une foule de petits textes qui sont des repères géographiques marquants dans le parcours d’Erri de Luca. Des expériences, des rencontres littéraires et historiques, des promenades, des flashs, des souvenirs. Des moments de lecture agréables, qui pourraient s’apparenter à ceux que l’on vit en parcourant La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules de Philippe Delerm, quoique ce dernier se veut un petit manuel du bonheur, tandis que le livre de de Luca regroupe des fragments de vie.

Comment a-t-il construit sa vie ? Quels ont été ses combats ? Ses plus beaux accomplissements ? Pourquoi ses racines napolitaines sont-elles si importantes ? De Luca construit des petites pièces d’écriture avec des matériaux simples, c’est-à-dire une écriture aérée, des phrases courtes, des images empreintes de poésie.

Petit à petit, le voilà qui érige un véritable château !

De Luca, Erri : Le Plus et le moins
Gallimard, 195 pages
26.95 $

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Une rivalité à Venise : Gozzi contre Goldoni

C’est tout de même étrange de contempler un lac dans les Laurentides et de penser à des auteurs vénitiens… Cela s’explique sans doute par mes nécessaires rattrapages de lecture. Dans ma bibliothèque, il y avait ces deux œuvres de Carlo Goldoni qui attendaient patiemment à ce que je m’intéresse à elles. Puis « one thing to another » comme disent les anglophones et voilà que je me souviens qu’à Venise, il y a presque 260 ans, deux auteurs se sont voués une haine réciproque. Sauf qu’ils ont utilisé leur esprit pour combattre et non leurs poings…

Il n’y a pas que dans les sports que les rivalités soient viles ! Dans le monde littéraire aussi, ça peut jouer dur. Et quand l’esprit se met de la « partie », il va y avoir du sport, c’est certain ! Ainsi donc à Venise, au milieu du XVIIIe siècle, deux figures de proue de la littérature italienne se sont livrés il y a presque 260 ans une rude bataille d’idées : Carlo Gozzi et Carlo Goldoni. Cette guerre d’idées a aussi intéressé un autre auteur qui a vaillamment défendu son point de vue : Pietro Chiari. Aujourd’hui, les tribunes populaires à la radio puis les médias sociaux ont remplacé les longues répliques riches en remarques à la fois subtiles et assassines.

Autrefois, on se répondait avec des poèmes et des pièces de théâtre. Aujourd’hui, on se lance des memes à la gueule… Autre temps, autre mœurs, autre esprit !

Si vous voulez consulter mon top 5 des lectures à la plage, il est à la fin de ce texte. Sinon, place à Venise et à la grosse « guerre » des Carlo.

Goldoni et Gozzi viennent de deux mondes différents. Le premier est né en 1707. Le second a vu le jour en 1720. Le premier est fils d’apothicaire. Le second est le fils d’un aristocrate criblé de dettes. Le premier a toujours écouté son père qui contrôlait sa vie jusqu’à ce qu’il en ait eu marre. Le second a dû embrasser une carrière militaire pour subvenir à ses propres besoins. Jusqu’ici tout va bien. Gozzi et Goldoni ont eu à cœur la culture italienne ou toscane, ont voulu laisser leur marque et…

Attendez une seconde… Italienne ou toscane ? Une clarification s’impose. Le dialecte toscan a été pendant longtemps la langue « officielle », compte tenu que Dante, Petrarca et Boccacio, qui ont formé l’élite de la poésie italienne, on écrit en toscan. Cette langue devint la « lingua franca » dans tous les royaumes et républiques présentes alors sur le territoire italien. D’autant plus qu’avec sa force politique, la ville de Firenze (Florence) rayonne bien plus que les autres. Au XVIIe siècle, cette « Italie » est un « conglomérat » de divers territoires et d’États pontificaux. Nous sommes encore loin des premiers balbutiements de la République transalpines de Napoléon Bonaparte, des Cinq jours de mars qui ont ébranlé Milan et du « cirque » du Risorgimento.

Retournons à nos « pecore » (moutons). En 1747, Carlo Goldoni entreprend une carrière « à temps plein » d’auteur comique. De 1748 à 1753, il prend la direction du théâtre Sant’Angelo. Puis de 1753 à 1762, le voilà au théâtre San Luca. Deux institutions vénitiennes. Dès lors s’amorce ce qu’on appelle dans le milieu théâtral italien la Réforme Goldonienne. Réforme nécessaire selon le principal intéressé pour contrer un déclin. Selon Carlo Goldoni, la Commedia dell’arte a besoin d’un renouveau. Au niveau du jeu autant qu’au niveau des thèmes.

En 1750, les fruits de cette réforme se font sentir avec Il Teatro Comico. Dans cette œuvre, on y retrouve une troupe d’acteurs qui s’interroge sur les vertus de naturel et de simplicité du « nouveau jeu » théâtral, opposé à la raideur mécanique qu’impose l’improvisation de la commedia dell’arte.

Mais La Locandiera, chef d’œuvre de Goldoni, est réellement le fer de lance de la Réforme Goldinienne avec des thèmes plutôt avant-gardistes pour l’époque, notamment le féminisme et l’affirmation de Mirandolina, mais surtout ce modernisme dans l’approche comique qui frappe aussi la France de Molière, Beaumarchais et Marivaux. En laissant tomber les masques des comédiens, les forçant ainsi à ne plus improviser, Carlo Goldoni veut donner un nouveau souffle à la Commedia dell’arte.

Qui plus est, les personnages imaginés par Goldoni s’inspirent des Arlecchino, Brighella, Dottore, Pantalone et autres, sans plus. On passe de la Commedia dell’arte au théâtre d’auteur, mais sans oublier les quiproquos et les situations comiques de la Commedia.

Gozzi vs Goldoni

Tout cela ne plaît pas à l’abbé Pietro Chiari d’abord, puis à Carlo Gozzi ensuite. Nous sommes alors en 1753. Dès sa sortie, La Locandiera crée la polémique, ce qui, étrangement, entraîne Goldoni et Chiari dans une « compétition » de celui qui écrira le plus de comédies… Surtout celui qui diffusera le plus sa vision des choses… Venise se trouve aussitôt divisée entre deux camps, les Goldonistes et les Chiaristes. Gozzi, un partisan des puristes, s’en trouve fortement influencé et prendra largement parti pour les puristes, traditionnalistes, peu importe. Sauf que lui… veut se battre. Manière de parler, bien entendu !

En 1757, c’est directement dans l’arène des idées que Gozzi compte défendre l’Italie des valeurs, l’Italie des traditions et du statu quo théâtral contre les idées « novatrices » du vautour Goldoni. À travers des écrits virulents, il s’en prend à ce dernier, un type plus allumé, dont l’influence de la dramaturgie française sur son œuvre se fait réellement sentir.

Le « conservateur » et aristocratique Gozzi ne supporte pas le « moderne » Goldoni. Pas de jalousie, seulement une grave divergence. Gozzi est un touche-à-tout : comédies, tragédies, tragicomédies, poésie et j’en passe. Auteur de grand talent, on lui doit de grandes pièces, dont Turandot (qui a inspiré un opéra) et L’Oiseau vert, un classique de la dramaturgie italienne.

Les deux Carlo s’attaquent par l’esprit : pour répondre aux réformes théâtrales de Goldoni, Carlo Gozzi « dédie » à ce dernier ses Fiabe. Avec elles, le comte Gozzi dénonce le « réalisme dangereux » des comédies goldoniennes. C’est qu’il craint que son grand rival vénitien entraîne le grand art des comédies vers le déclin total ! Pas de réalisme, que du rêve !

Gozzi réussit, dès 1761, à s’imposer avec les Fiabe Teatrali. Elles consistent en trois pièces qui flirtent plus ou moins ouvertement avec des thèmes italiens : L’Amore delle tre mealarance (L’amour des trois oranges) qui met en scène les quatre masques de la Commedia dell’arte, Turandot et La donna serpente (La Femme serpent). Ici s’ouvre le Théâtre Fiabesque. Un théâtre plus classique, à milles lieues des Lumières qui embrasent les pensées parisiennes et qui « éclairent » manière de parler, celles de Goldoni ! Un théâtre qui s’oppose aux sujets légers et avant-gardistes de Goldoni qui privilégie les héros féminins. Mais tout de même un théâtre qui donne toute la place à la poésie, à l’imaginaire, aux légendes. Un théâtre qui influencera grandement l’Allemagne.

En 1762, las des polémiques, Carlo Goldoni, qui a démontré toute l’étendue de son talent, s’exile, si l’on peut dire, vers la France. Gozzi a-t-il gagné le combat ? Disons que Goldoni a été plus sage. Même notre comte s’en est lassé. Nos deux auteurs ont laissé à l’Italie une œuvre grandiose. Or, l’Histoire a choisi de retenir Goldoni et de laisser s’estomper le souvenir de Gozzi. Dommage.

 

 

 

Justice pour Pierino di Tonno

La vie de Pierino di Tonno est extraordinaire. C’est un photographe de grand talent qui a fait des clichés des plus grandes vedettes internationales.

Son logement du boulevard Saint-Laurent lui sert d’atelier. Clint Eastwood, Fellini (FELLINI!!!!), Robert de Niro, pour ne nommer que ceux-là. Un photographe hors-pair, l’une de ses âmes que la Petite Italie de Montréal ne doit jamais perdre.

Toute sa vie se retrouve dans se réduit situé au-dessus du marché Milano, au coeur de la Petite Italie. Or, voilà que le propriétaire du marché veut lui montrer qu’il possède une plus grosse âme que la sienne… En effet, le proprio vient de l’expulser de son logement… Un homme de 82 ans « dewors »…

Qu’est-ce que ça peut bien faire ? Une « badluck » de plus qui frappe ce quartier qui ne ressemble à rien, qui se « ville dortoirtise » au fur et à mesure que ses commerces ferment. J’ironise bien sûr. Expulser sans raison une personne comme monsieur di Tonno est une tragédie.

Pierino di Tonno est représentatif d’une Petite Italie qui se meurt. Une Petite Italie livrée en pâture à la spéculation immobilière, à la création de condos qui transforment peu à peu le boulevard Saint-Laurent en une « ville dortoir » assiégeant le marché Jean-Talon…

La Petite Italie de Montréal se meurt ou pas ?

Lorsque vous prenez l’espresso doppio entre amis au Caffé San Simeon ou achetez quelques victuailles au fameux marché Milano, vous sentez que la Petite Italie de Montréal est pleine de vitalité. Effectivement, elle l’est… mais seulement dans ces endroits on dirait.

Partout ailleurs, c’est un peu la désolation. C’est un quartier qui se vide peu à peu de son originalité, de sa culture, de son héritage. Du moins sur le boulevard Saint-Laurent.

Récemment, la pâtisserie Roma a fermé ses portes. Pourtant, elle a fêté ses 50 ans d’existence il n’y a pas si longtemps. Elle rejoint un lot grandissant de commerces et restaurants fermés. Une autre institution les pieds devant ! Et dans l’indifférence d’une communauté qui a sans doute mieux à faire et à penser.

Les pancartes « À Louer » ou « À Vendre » ont la cote dans la Petite Italie… de même que la prolifération d’une faune de petits branchouillards qui ont chassé tout le pittoresque de ce quartier populaire. Ils sont la burqa du « in », voilant de force l’authenticité.

Les promoteurs immobiliers ont poursuivi le travail de sape avec leurs condos horribles. Ils ont d’abord saboté l’église en face du Parc de la Petite-Italie. Ensuite, ils ont implanté des projets aussi laids qu’inutiles comme le San Lorenzo. Ça saute aux yeux tellement c’est horrible ! Et ça n’apporte qu’une horde de bobos qui snobent les résidents du quartier et qui jouent les « culturés » à la manière de Marc Labrèche dans Les Bobos.

Il reste le parc Dante, la Libreria Italiana qui m’hystérise (j’invente!) avec ses livres, le Milano quand j’y vais avec mon ami Claudio, le San Simeon (bien sûr) sur la rue Dante et puis quoi ? Le Marché Jean-Talon ? Je préfère, et de loin, la Baie des fromages et la boulangerie-pâtisserie San Pietro sur Jean-Talon ! Mais ça, c’est dans une autre Petite Italie, située à côté de Notre-Dame de la Consolata… une future niche à condos de bobos et d’hipsters de merde ? J’espère que non !

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