À la manière de l’Abbé Pierre, de Don Andrea Gallo (fondateur de la communauté San Benedetto Al Porto) ou Saint Charles de Foucaud, Don Luigi Ciotti, prêtre italien de Torino (Turin) s’est engagé auprès du Christ. D’abord pour soutenir les laissés pour compte et les prostituées, ensuite pour combattre en faveur des victimes de la drogue et du SIDA. En cours de route, il a rencontré un ennemi de taille : la mafia. Voilà pourquoi en 1995, il fonda Libera pour venir en aide aux victimes de ces… de ces… êtres sans vertu qui tentent de faire croire qu’ils en ont. Je suis poli. Pour une rare fois, Don Ciotti s’explique à des journalistes. Ce long entretien accordé à Nello Scavo et Daniele Zappalà, deux journalistes du quotidien catholique Avvenire, est publié en version française aux éditions Bayard.

Un prêtre contre la mafia me fait un peu penser à un synopsis de documentaire. C’est très bien ficelé, avec une Liberastructure chronologique classique, mais on moins on ratisse tout. Ça commence avec l’enfance et l’adolescence de Don Luigi Ciotti. On survole son sacerdoce, l’influence des Salésiens sur sa façon de prêcher et de servir Jésus, la fondation du groupe Abel jusqu’à la création de Libera. On termine avec ses pensées sur la mafia et comment le prêtre entrevoit l’avenir.

Ouf !

Heureusement que Don Ciotti n’a pas une personnalité terne ! Il a trop de vécu pour l’être ! Bien que l’entretien contienne quelques longueurs, c’est certainement essentiel de prendre le temps de bien expliquer. D’approfondir. De démontrer l’emprise malsaine des mafias sur l’Italie. Du danger qu’elles représentent désormais pour l’Europe. Leur prolifération dans le domaine agroalimentaire… Et ceux et celles qui ont lu Gomorra de Roberto Saviano savant fort bien que c’est loin d’être une bonne nouvelle !

Mais Don Ciotti, c’est d’abord « l’autre ». Un fils d’ouvrier de la région de Vénétie venu chercher du travail à Turin. Il en a trouvé sur le chantier de l’École Polytechnique, mais doit vivre quelque temps dans une mansarde avec sa famille, prêtée par son employeur. « L’autre » doit subir les railleries de ses camarades de classe. Heureusement, la vie sur le chantier est plus chaleureuse. Ce contexte influencera sa manière d’approcher les gens, de prêcher, de réclamer plus de justice. D’abord avec le groupe Abel (comme dans Caïn et Abel) ensuite avec Libera.

En 1995, Don Ciotti créé le réseau associatif Libera. Trois ans plus tôt, l’Italie vit dans la crainte à la suite de l’assassinat des procureurs Falcone et Borsalino. À force de courage, il réussit à faire passer en 1996 la Loi sur les biens confisqués à la mafia et leur utilisation sociale. Depuis, un leader de Cosa Nostra, Toto Riina, a mis sa tête à prix… Qu’à cela ne tienne, le prêtre continue son combat parce que la mafia, non seulement menace l’économie italienne (peut-être est-il trop tard à ce niveau), mais en plus pourrait gangréner toute l’Europe. Cet avertissement n’a rien de réjouissant… mais on se crache dans les mains et on se retrousse les manches. Ciotti conseille même le Mexique aux prises avec cette folie furieuse des cartels de drogues qui ont commis l’inexcusable avec l’enlèvement et l’assassinat d’étudiants.

Un livre pour comprendre. Un livre aussi qui donne de l’espoir et qui ne juge pas celui qui se retrouve dans les cercles mafieux. Une société qui ne croit pas que les personnes puissent changer, c’est une société qui ne croit plus à son propre changement, une société qui a perdu l’espérance. Merci Don Ciotti !

Nello Scavo et Daniele Zappalà : Don Luigi Ciotti – un prêtre contre la mafia
Éditions Bayard, 165 pages
33.50 $

Texte à paraître dans la prochaine édition du Prince Arthur Herald

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