Fais de beaux rêves, mon enfant de Massimo Gramellini
SOUFFRANCES INTÉRIEURES D’UN JOURNALISTE INFLUENT
Par Patrice Saucier

Article d’abord paru dans le Prince Arthur Herald

La vie a mis sur mon chemin de très bons amis. Claudio et Vanda sont de ceux-là. Ancienne camarade de classe au primaire, Vanda est réapparue dans ma vie à cause d’un tremblement de terre qui a grandement affecté la ville de L’Aquila, grand centre intellectuel de la région de Lazio, en Italie, où elle était institutrice et où elle écoulait des jours paisibles avec sa famille. Forcée de revenir au Canada avec son mari Claudio et ses deux filles, je la revis lors du premier jour de classe de sa cadette qui s’adonnait à être dans la même classe que mon fils. Le monde est petit, hein ? On ne le dit jamais assez.

En février dernier, pour mon 44e anniversaire de naissance, Vanda et Claudio me donnèrent un Massimo Gramellinimagnifique cadeau, soit le roman autobiographique de Massimo Gramellini intitulé Fais de beaux rêves, mon enfant. Je dois dire que les bons livres font les bons cadeaux. Et les bons cadeaux font sans doute les bons amis !

Massimo Gramellini est une star du journalisme en Italie. À l’emploi de La Stampa (La Presse) de Turin depuis des années –il en est aussi le vice-directeur-, Gramellini livre chaque fin de semaine, dans le cadre d’une émission culturelle fort prisée intitulée Che Tempo Che Fa, un billet éditorial très profond sur la politique italienne, européenne ou internationale. Auparavant, il a été journaliste sportif puis politique. En 1993, il a couvert le siège de Sarajevo.

C’est ainsi que je l’ai connu, dans le salon de mon ami Claudio, sur la chaîne RAI Italia, entre deux gorgées de vin rouge des Pouilles.

Massimo Gramellini est aussi un auteur à succès. Fais de beaux rêves, mon enfant, son deuxième roman, a été traduit dans de nombreuses langues et a connu un franc succès en Italie.

Ce roman autobiographique se base sur un mensonge qui concerne la mère de Gramellini, décédée tragiquement lorsqu’il n’avait que neuf ans. Cette mort causa chez l’auteur un profond désarroi, beaucoup de remises en question et une difficulté chronique de se laisser aimé, non seulement par un père qui le voyait financier ou avocat, mais aussi par des femmes.

Comment a-t-il pu conjuguer avec cette absence ? Pour le savoir, Massimo Gramellini ouvre pour nous ses entrailles et nous invite à y découvrir ses parois sombres, peuplées de démons, de doutes et d’une sinistre voix intérieure.

C’est plutôt rare qu’un journaliste aussi rigoureux, dont les chroniques sont lus religieusement par des milliers d’Italiens, se livre de cette manière. C’est un peu comme si André Pratte, un éditorialiste pragmatique aux opinions arrêtées et fouillées, nous livre une partie sombre de son existence à travers un roman autobiographique.

L’intuition nous révèle continuellement qui nous sommes, écrit Gramellini à la toute fin de son livre. Mais nous restons insensibles à la voix des dieux, la couvrant du cliquetis de nos pensées et du vacarme de nos émotions. Nous préférons l’ignorer, la vérité. Pour ne pas souffrir, pour ne pas guérir. Parce qu’autrement, nous deviendrons ce que nous avons peur d’être. Totalement vivants.

Voilà une morale qui résume bien l’essentiel de l’histoire. Et qui nous dicte, en quelque sorte, de quelle manière nous devons faire face à la vie.

Massimo Gramellini : Fais de beaux rêves, mon enfant
Éditions Robert Laffont, 218 pages
Traduit de l’italien par Irène Imbert Molina

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